mardi 1er Avril 2008 Actes
des Apôtres, 4.32-37
La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi avaient un seul cœur et une seule âme ; et personne ne se disait propriétaire de ce qu’il possédait, mais on mettait tout en commun. C’est avec une grande force que les Apôtres portaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et la puissance de la grâce était sur eux tous. Aucun d’entre eux n’était dans la misère, car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et ils en apportaient le prix pour le déposer aux pieds des Apôtres. On en redistribuait une part à chacun des frères au fur et à mesure de ses besoins. Joseph, que les Apôtres avaient surnommé Barnabé (ce qui veut dire : l’homme du réconfort) était un lévite originaire de Chypre. Il avait une terre, il la vendit et en apporta l’argent qu’il déposa aux pieds des Apôtres.
Un lévite qui a une terre, c’est tout
de même un peu curieux. La tribu des Lévites, on le sait, ne devait pas
posséder de terre, puisqu’elle était nourrie par l’ensemble du peuple, chargée
qu’elle était en contrepartie de porter sa prière. Et voilà que Barnabé apporte
sa terre « aux pieds des Apôtres ». On sait quelle sera la suite, pour Barnabé,
qui suivra Paul, longtemps, puis se séparera de lui (Paul n’était pas facile à
vivre, chacun ses défauts : était-ce cela, son « écharde » ?). Peut-être
s’agit-il d’une autre « terre ». Ce qu’apporte Barnabé, c’est plus ce
qu’il est que ce qu’il a.
Tout ce que nous possédons, en vérité, c’est nous-mêmes.
Cette « terre » que nous sommes, depuis la création, cet « Adam »
terreux, humus où tout peut pousser, de l’espérance à tous les fruits de notre
méditation, du désir de communion à celui du partagearnabé pose… à terre, « aux
pieds des Apôtres », se mettant « humblement » au service, de la compassion au
feu de la charité, l’arbre de la vie. C’est cela que Barnabé pose… à
terre, « aux pieds des Apôtres », se mettant « humblement » au service.
Cela n’est possible que si nous sommes vraiment « terre
», c’est à dire cet humus poussé jusqu’à la vérité de l’humilité, où nous ne
nous situons pas « au dessus » de la terre qui nous porte, mais en union avec
elle. C’est là que l’écharde de Paul est une grâce : elle nous évite, c’est
vrai, de nous sentir nous-mêmes notre source. Nous expérimentons que nous ne
pouvons rien par nous-mêmes, mais que Dieu veut tout à travers nous. Quelle
bénédiction ! On retrouve ici Isaïe « La
pluie et la neige qui descendent des cieux n'y retournent pas sans l'avoir
fécondée et l'avoir fait germer, sans avoir donné au semeur sa semence et le
pain à celui qui mange;… » (Is. 55.12a).
Une
terre assoiffée est une terre nourricière pour tous, car elle devient capable
d’accueillir cette pluie et cette neige. Ce sera le cas de Barnabé, ce fut le
cas de Mère Térésa dont la soif digne du désert aura duré toute sa vie.
« Dieu,
tu es mon Dieu, je Te cherche dès l’aube, mon âme a soif de Toi, après Toi
languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau… » (Ps 62)
Peut-être
peut-on relire différemment une belle parabole en Mt 13.44-46, où la « terre »
recèle un trésor…
Denis